Voyage vers l’Ouest (8) La Vallée des Fantômes
Dernière étape de cette journée marathon autour de Hami, après les montagnes Tianshan et les dunes rugissantes, me voici en direction de Moguicheng 魔鬼城, qu’on peut traduire par “la vallée des fantômes”.
À environ 1h30 de route à l’ouest de Hami, ce désert de pierres m’a été chaudement recommandé par mon désormais fidèle et intrépide chauffeur de taxi-guide touristique.
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Nous sommes donc en route vers ce site mystérieux, moi en train de penser anxieusement à ce qui va advenir de mon objectif, précieux allié de mon voyage. En attendant, filant dans mon bolide jaune et vert, je rêve aux paysages qui m’attendent là-bas. L’après-midi est déjà bien avancé : coucher de soleil sur désert en perspective !
Mais en premier lieu, aux abords du site, nous devons faire un stop à un poste de contrôle rudimentaire gardé par 4 militaires. Mon chauffeur et moi devons montrer nos papiers, dont les informations sont dûment consignées dans leur journal.
Puis nous arrivons à Moguicheng. Une fois de plus, il n’y a pas foule. Passage obligé par le “musée” (un bien grand mot) qui décrit le site. Mais nous nous mettons vite en route. Attention aux amateurs : prévoir les réserves d’eau et nourriture, car, fait assez rare pour être noté pour un site touristique en Chine, il n’y a rien à vendre au touriste en mal de provisions.
Nous passons l’entrée en voiture. Et oui, la visite doit se faire en voiture, car c’est bien un vrai désert, grand et implacable tout ça tout ça. Pas une petite dunette au milieu de la verdure ; )
Séchage de dates
Le premier stop que nous ferons ne sera pas pour admirer le paysage, mais pour découvrir des dates 枣子 (zaozi) en train de sécher au soleil. Le désert est en effet un endroit idéal : très sec et dégagé pour laisser le vent et le soleil faire leur effet sur les fruits encore verts qui vont tourner brun-rouge. Le cultivateur est fier de nous expliquer tout ça et prend la pose pour mon objectif d’emprunt.
Mystérieuses formes
Un peu plus loin, nous nous arrêtons à ce qui a probablement valu son nom à ce désert. Une sorte de champ de statues de pierre, qu’on pense formées naturellement mais dont la ressemblance avec des animaux ou autres esprits étranges laisse l’imagination divaguer à d’autres explications plus ésotériques.
Intriguant tout même ces formes d’oiseaux, de tortues…, vous ne trouvez pas ?
La route au milieu du désert
Il faut se remettre en route. Le soleil tape et le vent est fort. A part la route au milieu du sable, il n’y a rien, si ce n’est au loin la vallée rocheuse qui se découpe sur le ciel parfaitement bleu.
La vallée rocheuse
Au prochain stop, ce sont des formations beaucoup plus imposantes qui se dressent devant nous et au loin. Certaines d’entre elles nous donnent l’impression d’un ancien palais taillé dans la roche. Ici une porte ? Là une enceinte où le vent a strié la roche et laisser le sable s’accumuler en courbes voluptueuses, et dont les parois réverbèrent la voix : l’écho au milieu de nulle part.
Le coup de la panne
J’en ai déjà pris plein les yeux avec tout ça, et nous songeons à rentrer, la fatigue commençant à se faire sentir. Mais nous repérons un autre site un peu plus loin. Il est déconseillé d’y aller en voiture à cause du sable, donc je propose d’y aller à pied. Mais ayant senti un début de lassitude plus tôt, mon chauffeur insiste pour y aller en voiture.
J’obtempère, et quelques instants plus tard… je le regrette amèrement !
Nous sommes à des kilomètres de l’entrée du site, sur une voie où nous sommes seuls et sans réseau mobile pour appeler qui que ce soit, et voilà notre taxi ensablé et le jour qui commence à décliner !
Nous essayons tout ce que nous pouvons, mais rien à y faire. Nous sommes bien coincés, sans beaucoup de réserves d’eau qui plus est. Après une demi-heure de tentatives infructueuses, l’anxiété me gagne franchement sous mon calme apparent…
Mon chauffeur en était encore à s’acharner sur ses pneus embourbés quand j’aperçois au loin 2 personnes qui revenaient d’encore plus loin à pied. Je leur fais signe, ils approchent. Il s’agit d’un couple avec leur chien. L’homme comprend vite qu’il faut décider mon chauffeur à cesser de s’acharner pour aller chercher de l’aide tant qu’il reste 2 ou 3 âmes sur le site.
Lui et mon chauffeur se mettent enfin en route, la femme elle est partie s’assoir un peu plus loin, et moi je suis restée plantée près du taxi, à l’ombre d’une paroi de pierre qui projetait suffisamment d’ombre.
Longue attente. Très longue attente.
Je finis par aller rejoindre la femme. Instinct de survie oblige : si on ne parvient pas à débloquer la voiture ce soir, il faut absolument que quelqu’un me ramène à Hami. Jouons la tactique sympatisation !
Finalement quelques longs instants plus tard, un 4×4 émerge. Premier soulagement. Je reste à discuter avec la femme et son chien, en observant anxieusement l’opération de remorquage qui s’opère.
Le 4×4 réussit ENFIN à extraire le taxi du sable, HOURRAH !
L’anxiété évaporée, me revoilà d’humeur à reprendre quelques clichés avant de repartir au plus vite vers la civilisation avec de l’eau, du réseau mobile et des routes goudronnées !
Au moins la mésaventure m’aura permis de voir le désert prendre sa robe de crépuscule…
Vite vite, repartons vers Hami !
Sur la route du retour, repassage par le poste de contrôle. Cette fois les 4 militaires ont envie de prendre la pose pour la petite française.
Puis Moguicheng est derrière nous, et disparaît dans le soleil couchant qui laisse très vite la place à une lune ronde et blanche. Je sais, ça sonne super cliché, mais j’ai vraiment eu cette impression, comme l’aventurier solitaire revenu des confins du monde, laissant les mésaventures derrière lui et en route vers d’autres horizons…
De retour à Hami, j’achète mon billet de car pour Turpan le lendemain matin, et nous filons retrouver mon sauveur-photographe qui m’aura réparé mon objectif. Ouf !
Puis mon chauffeur, gêné par l’incident, m’invite à dîner dans un restaurant de la ville. On pourra dire que ces péripéties auront créé des liens : dans les jours qui suivirent jusqu’à mon départ du Xinjiang, je recevrai des texto de sa part pour s’assurer que tout allait bien pour moi.
Heureusement pour moi, oui ! Hami fut le plus intense, Turpan sera le plus charmant…
Tags: nature, paysages, road trip, Xinjiang
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18 mars 2012 à 03:00
Chouette article, avec une part d’aventure. C’est aussi ce qui fait le charme des voyages, quand tout se termine bien
Les photos et les textes donnent terriblement envie d’aller voir ces endroits. Quant au palais, on dirait vraiment qu’il y avait une construction: qui habitait là?
Merci.
26 mars 2012 à 07:45
bonjour, je suis étudiante ouïghour à Paris, xinjiang c’est ma région natale. je suis très contente de votre travail
2 mai 2012 à 16:49
Il y a deux T à datte (en français).